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Jésus est né entre l’an 6 et l’an 3 avant « l’an zéro », dans une petite région de l’immense empire romain, la Judée. Son monde n’est plus le nôtre, et la conception que l’on avait de l’univers et de l’homme dans le monde juif de cette époque nous est difficilement compréhensible. Comment Jésus peut-il nous intéresser aujourd’hui, comment peut-il encore nous parler ? C’est l’Eglise qui est le lien entre Jésus, ce qu’il a été et ce qu’il a dit, et nous, dans ce monde du début du XXIème siècle. Le problème est que l’Eglise n’est plus comprise. Nous vivons en France dans une ambiance intellectuelle marquée par le scepticisme, le matérialisme et l’individualisme. L’église catholique n’a pas échappé au scepticisme et au soupçon qui caractérisent notre époque. Depuis le « siècle des lumières », l’Eglise est perçue comme un instrument de domination au service des puissants du jour et non plus comme une religion. Ce soupçon n’est pas entièrement dénué de fondements. Il est inévitable que le pouvoir politique cherche à contrôler le pouvoir spirituel, et celui-ci, à son tour, ne peut que vouloir influer sur le pouvoir politique. C’est la raison pour laquelle la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat est une bonne chose pour la religion en France. Malgré cette critique, des hommes et des femmes retrouvent la foi, avec l’aide de l’Eglise, par des chemins infiniment divers et surprenants. La foi est affaire de liberté, mais cette liberté ne grandit pas sans l’Eglise. Celle-ci nous aide à rejoindre le Christ-Jésus dans sa vérité car elle est, sans discontinuité, gardienne de la tradition depuis 2000 ans. Au temps de Thomas, l’Eglise était respectée. Il n’éprouve donc pas le besoin de la défendre. La continuation de l’œuvre du Christ-Jésus par l’Eglise est simplement présentée par l’intermédiaire de son action sacramentelle. Le sacrement, pour un pays marqué comme le nôtre par l’inculture religieuse, doit être expliqué. Le sacrement est un signe. Sous une apparence matérielle, il désigne une réalité spirituelle. Le pain partagé entre les chrétiens pendant les rassemblements, appelés messes ou eucharisties, signifie la fraternité qui les unit. La réalité matérielle, le pain, signifie, quand il est partagé, une réalité spirituelle, la fraternité. Le prêtre, chef de l’assemblée, rompt et partage le pain. Il représente le Christ lui-même, partageant le pain à ses amis avant sa mort. Ce pain signifie sa vie donnée pour les autres, sa vie donnée pour nous. Ce pain, c’est lui-même, c’est le Christ-Jésus ; c’est sa vie que nous recevons en communiant. Nous sommes ici à un deuxième niveau, spécifiquement chrétien. Il ne s’agit plus seulement de fraternité, il est question de communier à la vie d’un autre, de vouloir l’imiter, de recevoir son esprit, sa force. En mangeant le pain, nous comprenons que nous devenons celui que nous admirons et que nous voulons imiter. Nous nous transformons à son image. Ces sacrements, ou signes, dont le baptême et l’eucharistie sont les plus connus, sont nécessaires pour plusieurs raisons que développe Thomas d’Aquin. Premièrement, la vie et la mort de Jésus sont pour nous le chemin vers Dieu, le chemin de la vie éternelle. Ce chemin doit être proposé à tous. Les sacrements sont la vie de Jésus proposée à tous, jusqu’à la fin des temps. Cela convient à la nature de l’homme. En effet, l’homme appréhende facilement le donné sensible alors que les réalités divines lui sont difficilement accessibles. C’est tout naturellement par l’intermédiaire de signes matériels que la vie divine lui sera proposé jusqu’à la fin des temps. Cela convient ensuite parce que Dieu est venu parmi nous sous l’apparence d’un homme humble, semblable à nous. Cet homme, qui est Dieu, nous montre le chemin. Puisque la cause de notre salut est venue sous cette humble apparence, il convient que ce qui la rend présente à tous vienne sous un aspect aussi modeste. Par parenthèse, nous appelons « salut » le chemin ouvert par Jésus pour vivre en communion avec Dieu. Ce chemin, pour le redire, est une expérience, une vie avant d’être une réflexion. Le péché est dans l’univers aversion de Dieu par un attachement désordonné aux réalités visibles. Le désordre est source de péché et non pas la réalité matérielle. Le monde, créé par Dieu, est bon en lui-même, et nulle part dans la bible il n’est dit qu’il faut le mépriser ; il est parfois si beau. Le mal vient que l’on en fait un absolu alors qu’il n’est que relatif. Les biens de la terre passent et nous cherchons ce qui ne passe pas, ce qui a le poids de l’éternité. Les sacrements, réalité matérielle à signification spirituelle, nous enseignent, à leur manière, le respect de la création et l’offrande de celle-ci. En d’autres termes, les hommes doivent se tourner vers leur créateur et c’est ainsi qu’ils vivront en paix dans ce monde. Ce monde est pour les chrétiens comme un don qui appelle un merci, une action de grâce. Nous pouvons affirmer en conclusion de ce qui précède, que l’Eglise est cette réalité humaine, parfois trop humaine, que Dieu a voulu comme signe de l’amour qu’il porte à la création. Mais elle n’est signe qu’en pèlerinage et au service de l’homme. Eglise non installée et toujours à réformer. Toujours ancienne et toujours nouvelle. Elle est signe quand elle est dans l’ordre, tendue vers Dieu, et habitant paisiblement la terre. Les chrétiens sont dans le monde mais ne sont pas du monde. Ils sont en marche vers la vie éternelle, leur véritable patrie. « Je leur ai donné ta parole et le monde les a haïs, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Je ne te prie pas de les enlever du monde Mais de les garder du mauvais. Ils ne sont pas du monde Comme moi je ne suis pas du monde. Sanctifie les dans ta vérité : Ta parole est vérité. Comme tu m’as envoyé dans le monde, Moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
(Jean 17, 14-18).
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Auguste Comte pensait prêcher le positivisme à Notre Dame de Paris avant l’année 1860. La seule religion réelle et complète, le positivisme scientifique, s’imposerait d’après lui rapidement. La prédiction athée ne s’est pas réalisée. La loi des trois états reste cependant une des idées reçues les plus ancrées dans l’esprit de nos concitoyens. Elle est une évidence qui n’a pas été critiquée au XXème siècle. Mais la chute du mur de Berlin est un de ces rares évènements qui inversent le cours de l’histoire. Plus rien, après lui, ne sera comme avant. Une page de l’histoire occidentale se tourne. Aujourd’hui, nous ne pensons plus l’histoire avec la naïveté d’un Auguste Comte. A vouloir prendre la place de Dieu, l’homme finit en effet par ne plus savoir qui il est ! Nous ne reviendrons pas sur l’expérience communiste, sur cet original système politique athée, le matérialisme scientifique, qui a démontré par lui-même toute son absurdité et sa folie. Le capitalisme, quant à lui, n’est pas une idéologie. C’est un système de production de richesses, et c’est, de ce point de vue, le moins mauvais système actuel. Mais, sans corrections, il favorisera toujours les plus riches. Nous ne reviendrons pas non plus sur la pensée d’un Nietzsche, elle n’intéresse que les intellectuels en mal de thèses. La science, et c’est nouveau, est critiquée, et l’on se demande le plus sérieusement du monde si l’on va pouvoir survivre à ses découvertes. On est loin de l’optimisme naïf du siècle des lumières. Ecoutons sur ce sujet une édifiante histoire : il y a de fortes présomptions que le rejet du gaz carbonique dans l’atmosphère soit responsable, pour une part non négligeable, du réchauffement de la planète. C’est ce que l’on appelle l’effet de serre. Or les cyclones tropicaux sont provoqués par une élévation de la température des océans. Leur puissance est proportionnelle à cette augmentation de température. La violence inhabituelle des cyclones actuels semble être une des conséquences de l’effet de serre. Les cyclones naissent dans l’Atlantique et frappent toujours les Etats-Unis du fait des vents dominants. Le dernier cyclone de l’année 1999 a dévasté l’Etat de Caroline du Nord. Mais les Etats-Unis sont les principaux responsables de l’accroissement du rejet du gaz carbonique dans le monde à cause de leur consommation électrique élevée et de leur pollution automobile incontrôlée. Ainsi les américains se punissent eux-même, par un curieux effet de boomerang ! Ils sont en partie responsables de la violence des cyclones qui s’abattent sur eux parce qu’ils ne s’inquiètent pas des répercussions que peut avoir leur mode de vie sur la planète terre. Edifiant, non ? et marque d’une grande sagesse… Ce comportement non maîtrisé est rendu possible grâce à la science, à qui nous devons l’invention de l’électricité et de la voiture. Inventions remarquables ! Le problème est que l’on ne s’est pas soucié des conséquences sur l’environnement de ces stupéfiantes découvertes. Il y a quelque chose de fou dans ce processus, et cela ne semble pas devoir s’arrêter. On attend par exemple avec une certaine inquiétude les avancées de nos savants en matière de génétique. Dans un premier temps, on aura des applications très heureuses pour le genre humain, puis, ces applications se généralisant, elles prendront une ampleur imprévue et on obtiendra au final des cyclones humains et sociaux tout à fait intéressants à étudier ! Que l’homme prenne garde ! Le mythe de l’apprenti sorcier est moderne. La bombe atomique ouvre une ère nouvelle, celle de l’anéantissement possible de l’humanité : la civilisation scientifique parvient ainsi à son dernier degré de sauvagerie. Comme le dira Oppenheimer, un des pères de la bombe, les scientifiques ont connu le péché, et nul ne peut plus l’oublier. Nous pouvons réellement anéantir la race des hommes, nous en sommes capables. La science a brillamment œuvré à la réalisation de cette terrible mécanique à exterminer le genre humain. L’homme n’est plus tout à fait maître de son destin. Il a libéré des forces qu’il ne contrôle plus : la prolifération de l’armement nucléaire en est le plus terrible exemple. Il est plus que temps de se reprendre et nous pensons que l’expérience des anciens peut être utile dans ce retour à soi, cette conversion que nous appelons de nos vœux. C’est tout le sens de notre dialogue avec Thomas d’Aquin. Nous avons aujourd’hui trop de savants, trop d’intellectuels, et nous manquons de témoins, d’hommes dignes de ce nom. La sagesse est ce qui nous fait le plus défaut. La voie est aujourd’hui ouverte pour une connaissance autre que la connaissance scientifique. On peut l’appeler philosophique ou religieuse, peu importe. Cette connaissance, ou cette sagesse, ne se recommande pas d’une raison universelle, libre et souveraine. Nous savons trop les limites de cette raison et, de ce point de vue, Nietzsche et Freud ont fait œuvre utile. Non, c’est toute la vie de l’homme, ses instincts et ses forces, son sérieux, sa valeur, son engagement, et les raisons qu’il donne pour défendre ses choix, qui sont notre point d’appui. De Thomas, nous retiendrons son amour de l’ordre : mettre de l’ordre dans le chaos des sensations est le travail de la raison. Thomas ne sacrifie pas la raison humaine ; il pense que tout homme est naturellement désireux de savoir. Ce désir se manifeste chez l’enfant par les pourquoi et les comment. Ce désir est essentiel à l’homme et il doit être respecté. Thomas ne nie pas pour autant les instincts, les passions humaines : l’amour est au centre de sa théologie. La foi chrétienne ne se comprend pas sans l’amour. Il y a chez notre philosophe un équilibre dont on doit s’inspirer. Il pense l’univers comme une réalité unifiée parce que ordonnée à une seule fin. Cette fin ne peut être que Dieu. La foi et la vie y tiennent leur place, la raison également. Le raisonnement est au service de la foi, car c’est la foi vive qui montre le but. La raison n’est pas le tout de l’homme, mais elle n’est pas non plus cantonnée dans les cadres étroits et étriqués où ont voulu l’enserrer les philosophes du soupçon. Elle est au service de l’homme et de la vie, face à Dieu, face à l’horizon le plus vaste qui soit. La vie éternelle est la fin dernière de l’homme : avec Thomas, nous demeurons dans l’émerveillement devant le mystère infini de Dieu. Thomas est cohérent ; le catholicisme est cohérent. C’est une pensée forte, une religion forte qui peut aujourd’hui unifier une vie, donner sens et signification, et ainsi rendre la vie plus belle et plus heureuse. L’air y est pur et on respire bien. Avec Thomas, nous sommes loin des discours enfumés, de la « langue de bois » des intellectuels athées du XXème siècle. Leur dernière trouvaille est la promotion du bouddhisme, ou spiritualité sans Dieu. Ils sont décidément prêts à tout pour chasser Dieu de l’univers ! La foi des intellectuels athées réside en cette expression : autonomie de la personne ! comme si l’homme n’était pas depuis toujours en relation… Dieu est supposé être l’obstacle à la liberté de l’homme voulant se donner ses propres lois, comme si la grande loi n’était pas la loi universelle et éternelle de l’amour ! Ces discours athées sont insensés pour un chrétien. La personne est relation, et Dieu est la plus haute relation qu’il soit possible « d’expérimenter ». L’homme est à son sommet quand il se tient devant Dieu et la seule loi valable est en dernier ressort la loi de l’amour. Devant elle, la mort même n’aura pas le dernier mot. La voix chrétienne n’était plus guère écoutée en France depuis le siècle des lumières. Mais aujourd’hui, en ce début de XXIème siècle, les sirènes du positivisme, du scientisme et du marxisme ne font plus entendre leurs chants. La grande libération socialiste et scientifique n’a pas eu lieu, et n’aura pas lieu. C’est pour cette raison que nous pensons qu’il y aura dans l’avenir une résurgence du catholicisme compris pour ce qu’il est, c’est à dire une grande religion, et peut-être la plus belle. Ce catholicisme sera nouveau et toujours ancien. Il sera à inventer, dans la fidélité à ses traditions. Sera-t-il humble ou triomphant ? Nul ne le sait.
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