|
Parmi les nombreuses ruines de la culture occidentale, nous allons nous intéresser à ce curieux monument qu'on appelle une église. Nous allons questionner l'église catholique et son message. Y a-t-il en France, depuis deux siècles, une institution plus critiquée par les intellectuels ? Un tel acharnement mérite un examen attentif. L'église catholique n'est-elle que ce condensé de croisade, d'inquisition et "d'affaire Galilée" ? N'est-elle réellement qu'un monument de conservatisme et d'obscurantisme ? Est-elle objectivement et depuis toujours en lutte contre l'homme, sa liberté, sa recherche de plaisir et de bonheur ? Toutes questions sérieuses qui méritent mieux que les discours convenus d'intellectuels athées qui se sont, tout au long du XXème siècle, déjà beaucoup trompés. Pour comprendre la pensée catholique, nous chercherons à résumer, dans cet essai, les théses essentielles d'un ouvrage d'un illustre inconnu : "la Somme Contre les Gentils" de Thomas d'Aquin. Ce philosophe chrétien, né en Italie vers 1224 après JC, a enseigné à Paris, a écrit une oeuvre considérable, par laquelle il a exercé une grande influence sur les philosophes et théologiens européens. Il a été nommé « docteur de l'église », c'est à dire que sa doctrine est reconnue par l'église catholique. Dans ce travail, nous discuterons librement les théories de Thomas. C'est en effet un des rares bienfaits de notre situation actuelle : le passé, ne faisant plus référence, peut être librement visité. "La Somme Contre les Gentils" est un livre écrit pour défendre la pensée chrétienne des attaques et des critiques des "juifs et des mahométans" comme le dit Thomas. Nous ne sommes plus au XIIIème siècle et les conflits ne sont plus les mêmes. L'indifférence et l'ignorance, voire l'imbécillité, par rapport à une religion chrétienne qui n'est plus comprise, sont très répandues en France. Les élites intellectuelles sont sous l'influence du philosophe athée Frédéric Nietzsche. Dans le monde, on assiste à un renouveau de l'islam sous une forme souvent intégriste. Dans la sphère d'influence historique du christianisme, les sectes se multiplient et une religiosité vague, sans Dieu, apparaît. L'indifférence et l'ignorance ne sont pas à encourager, ils sont une défaite de l'intelligence. L'intégrisme et son cortège de violence est à combattre avec détermination. Les sectes sont trop souvent des pièges où la manipulation est reine. La religiosité satisfait un besoin, un manque et n’ouvre pas une relation à Dieu. L'athéisme de Nietzsche est, à notre avis, un "chemin qui ne mène nulle part", pour emprunter avec une légère ironie le titre d'un livre d'un des admirateurs de Nietzsche, le philosophe allemand contemporain Heidegger.
|
|  |
|
Nous ne pouvons cacher le paradoxe de notre entreprise. Nous constatons comme un fait acquis le déclin de la culture occidentale et nous prétendons interroger à nouveau cette tradition écroulée. Nous l'affirmons nettement, il n'est pas question de retour en arrière et le chemin parcouru de Platon à Marx ne peut être ignoré. Il faut assumer cette histoire et aller de l'avant, mais non pas à la manière d'un Nietzsche. Pour celui-ci, en effet, le retour à l'ancien monde nous est interdit, nous avons abordé une terre inconnue et nous avons brûlé les navires qui nous y ont amené. Nous sommes des Christophe Colomb condamnés à vivre sur le continent américain. Le retour en Europe nous est interdit. Le passé ne peut nous venir en aide dans notre marche en avant car la culture occidentale et chrétienne, qui est la nôtre, ressemblerait à une fortune acquise par des moyens frauduleux. La culture occidentale n'est, pour Frédéric Nietzsche, que l'histoire d'une immense tromperie. Excusez du peu ! On l'aura compris, nous n'avons pas la même conception de la culture occidentale. Qu'elle soit en crise, c'est évident. Que l'on doive apprécier comme erreur et mensonge tout ce qui pour nos parents avait de la valeur, c'est ce qui semble plus difficile à admettre. D'ailleurs, aujourd'hui, la culture occidentale, immense tromperie, n'est plus transmise aux jeunes, et nous assistons au début d'un simple retour à la barbarie, avec son cortège de violence et d'injustice. Nous n'allons pas vers la grande libération dont rêvait Nietzsche. Décidément, nous sommes aussi éloignés de l'extrémisme nietzschéen que du fondamentalisme religieux actuel. Plusieurs raisons peuvent justifier cette étude, ce dialogue avec Thomas. Tout d'abord, la bible, dont Thomas fut un lecteur assidu, reste une référence. C'est un livre que nous ne pouvons ignorer pour le seul motif qu'il a été écrit il y a deux mille ou trois mille ans. Ensuite, nous pensons que la culture nous porte plus haut que ce que nos propres forces nous auraient permis d'espérer. Une image, maintes fois employée, est celle du nain debout sur les épaules d'un géant. Le nain est l'homme d'aujourd'hui. Le géant est la grande culture occidentale, qui va de Platon à Thomas d'Aquin, de Descartes à Nietzsche. Le nain souffre de ses limites mais, dressé sur les épaules du géant, son regard peut porter loin. Enfin, nous pensons que la culture, pour devenir vie et non objet de musée, nous appelle à tout un long travail de réappropriation. La culture transmise comme un ensemble rigide de traditions à respecter scrupuleusement ne nous intéresse pas. Nous laissons cela aux fondamentalistes. La culture transmise par nos anciens comme un esprit que l'on peut librement faire sien, recréer, inventer à nouveau dans des vies du troisième millénaire, est pour nous un don que nous recevons avec gratitude. Pour ces raisons, le dialogue libre, critique mais respectueux, avec les grands témoins du passé est un bon exercice. Nous pensons, avec simplicité et bon sens, qu'avant nous, et quoiqu'en dise Nietzsche, des hommes ont bien vécu et ont réussi leur humanité. Nous voulons savoir ce qu'ont pensé ces hommes, nous voulons connaître leurs valeurs. Cette recherche permet de prendre position avec clarté, en un temps où tout se vaut, où tout est gris, en confrontant les pensées. C'est à cet exercice, à ce dialogue libre, mais respectueux, avec Thomas, sur Dieu, l’homme et leur relation, que nous convions le lecteur.
|
|